Année 2013-2014 : 20 mai 2014

Lecture en duo de poésies et nouvelles italiennes,

par Françoise Labrette et Marie-Hélène Viviani.

trioNous avions eu l’année dernière la révélation de ces lectures par nos deux lectrices, qui ont répété ainsi leur performance pour notre plaisir. Il s’agissait cette fois d’une nouvelle de Pirandello, et l’autre de Tabucchi.

Après une courte biographie, on nous rappelle d’abord que Luigi Pirandello était auteur, non seulement de pièces de théâtre, mais aussi de nouvelles. Il avait même fait le projet d’écrire une nouvelle pour chaque jour de l’année, sous le titre “Nouvelles pour une année”. A sa mort en 1936, il en avait écrit 240.

Certaines de ces nouvelles peuvent être drôles, mais la plupart sont tristes, sinon tragiques. Il faut y voir l’influence de l’existence elle-même qu’a connue Pirandello, dont la femme devint folle et, malgré lui, dut être enfermée.

La nouvelle choisie ce soir s’appelle : “Con altri occhi” (avec d’autres yeux). Une femme découvre incidemment la photographie de la première femme de son mari, qui s’est suicidée. Agitée de sentiments mélangés, elle se rappelle tous les drames de cette union, et les conditions actuelles de la sienne. La fin rapide laisse présager un nouveau drame dont elle sera victime.

Malgré la difficulté du texte, les narratrices, bien qu’insatisfaites de la traduction, ont su mettre en valeur le talent pathétique de Pirandello. L’une et l’autre sont allées au delà du conte, puiqu’il fallait en quelque sorte interpréter, quasiment tenir un rôle, même de manière fugitive.  L’alternance des interprètes aurait pu nuire à l’intensité dramatique, que l’on retrouvait cependant dans un mimétisme réussi. Et les dernières lignes, lues d’abord en français, puis en italien, nous laissèrent suspendus dans l’incertitude chargée d’angoisse qu’avait sans doute voulu transmettre l’auteur.

duoLa deuxième nouvelle, d’Antonio Tabucchi, était toute différente. Mais d’abord, nous eûmes là aussi un bref rappel biographiqiue, relevant son amour du Portugal, son mariage portugais, et ses liens avec le grand auteur portugais Pessoa.

Au-delà du Portugal, Tabucchi était un écrivain de grand talent, comme ses contes en témoignent. Dans “i volatili di Beato Angelico” (Les oiseaux de Fra Angelico), Tabucchi nous montre le moine Guidolino, surnommé plus tard Angelico, dans son humilité quotidienne, au couvent San Marco à Florence, apportant ses soins, tantôt aux oignons du jardin, tantôt aux fresques des cellules des moines. Tout en peignant, il est attiré, d’abord par un oiseau qui semble comprendre ses questions; plus tard c’est à une libellule que s’adresse le moine.

Puisant l’inspiration dans les fresques elles-mêmes, c’est une œuvre de fantaisie, légère et poétique, animée des questions du moine à l’oiseau, et des réponses qu’il se fait lui-même, dans la simplicité qui cache son talent.

Ce fut un vrai plaisir d’entendre et de voir un si beau conte interprété de manière aussi réussie, dans un duo parfait. Nos deux interprètes s’identifièrent parfaitement au personnage, nous en restituant toute la bonhomie, la naïveté, mais aussi la piété médiévale qui le rend unique parmi les peintres italiens..

Après les vifs applaudissements de toute la salle, celle-ci participa largement  à la présentation, par une abondance de questions - en particulier sur Tabucchi comme auteur et, brièvement, homme politique, question qui reçurent toutes les réponses attendues.



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