Année 2013-2014 : 17 décembre 2013

Léonard de Vinci, précurseur de la science moderne,

par Claude VIVIANI

viola

claudeLes Acorfiens croyaient tout savoir de Léonard de Vinci. sa vie, ses tableaux fameux, ses dessins précurseurs. Certains d’entre eux avaient même visité son lieu de naissance lors d’un voyage acorfien. En deux conférences, Claude Viviani nous a fait découvrir, en profondeur, l’homme et ses incroyables intuitions.

Dans la première, le 19 mars 2013, il avait parcouru la vie de Léonard, puis présenté sa vie et son rôle d’ingénieur, militaire ou de travaux publics. Avec l’incorporation de vidéos de démonstration, ce fut une éblouissante performance. Cette deuxième conférence ne le fut pas moins.

Claude Viviani ne cherche pas à commenter les tableaux qui ont rendu célèbre Léonard de Vinci, ni même à décrire toutes ses trouvailles techniques, illustrées par des reproductions grandeur nature qu’on trouve maintenant exposées en maints endroits. Son but est de montrer, à travers les carnets de Léonard, son insatiable curiosité en faveur de la science, et ses investigations en avance sur son temps.

La première partie avait été spectaculaire, nous montrant par exemple Léonard metteur en scène d’un spectacle pour Ludovic le More, ou ingénieur civil et militaire ; cette deuxième partie est plus didactique, tout en restant passionnante. Il s’agit d’abord de montrer l’état de la science au temps de Léonard, puis comment Léonard, par ses raisonnements ou ses recherches isolées, parcourait avant l’heure la première étape de la science moderne.

On commence par une incursion musicale et un rappel. Léonard a semble-t-il projeté un type de piano dont le son - que Claude Viviani nous fait entendre - rappelle celui de la viole de gambe. Le rappel est celui de la première partie, concernant le projet élaboré par Léonard d’un pont sur la Corne d’Or à Constantinople, projet réalisé récemment, avec les dimensions exactes prévues par lui.

La science au temps de Léonard sortait de l’obscurité du Moyen-Age, pour s’inspirer totalement de celle léguée par les savants de l’antiquité, qu’on avait retrouvée au 13° siècle dans des écrits oubliés. Des progrès apparaissent, grâce à l’invention de l’imprimerie et au développement de la gravure. Mais seuls les progrès de la technique permettront à l’observation de s’imposer.

g aurillacorLe développement nécessaire des mathématiques nous est soigneusement décrit. Le calcul avait été réalisé longtemps sur les abaques, comme le faisaient les romains. On reçoit en passant une démonstration édifiante de la difficulté du calcul en chiffres romains. On apprend comment Gerbert d’Aurillac, futur pape Sylvestre II, étant en Catalogne, fit connaissance avec les chiffres arabes. C’est une époque qui privilégie la géométrie aux dépens de l’algèbre. Un autre personnage antérieur à Léonard, Fibonacci, capte ensuite notre attention, surtout grâce à la fameuse suite dite de Fibonacci, dont Claude nous livre la passionnante démonstration. Le “nombre d’or”, poussé à l’infini, fait travailler l’imagination des acorfiens...

Passionnés par l’histoire des mathématiques, nous pouvons alors aborder l’époque de Léonard, ami d’un mathématicien célèbre, Luca Pacioli, qui développa entre autres la comptabilité en partie double. A cette époque, la façon de calculer intègre enfin le zéro, la virgule et les décimales, permettant ainsi la prise en compte de l’expérimentation.

Pourtant, à l’époque de Léonard, la méthode scientifique n’existait pas encore. Les académies scientifiques vinrent plus tard, souligne le conférencier, citant entre autres une académie des sciences italienne, l’Accademia dei Lincei (Académie des Lynx), qui fut fondée à Rome en 1603.

Esprit en perpétuelle recherche, Léonard ne disposait pas d’outils scientifiques, hormis des savoirs livresques, et ses propres observations. Ce sont ces observations que nous livrent ses dessins et ses notes, rassemblés en carnets. La lecture de ces carnets permet de mieux comprendre sa méthode, et d’obtenir ses explications appuyées de ses dessins (il a introduit le dessin dans l’explication scientifique).

vitruveceneClaude Viviani continue en examinant les différents domaines traités par Léonard dans ses notes et cahiers. Il déchiffre et explique abondamment les figures et calculs à la base du plus célèbre de ses dessins : l’homme de Vitruve et la “divine proportion”, titre d’un ouvrage de Luca Pacioli auquel il collabora et qu’il illustra.

Bien entendu le domaine de la peinture et du dessin reçoit de Léonard une attention particulière. Pour la perspective il approfondit les règles d’Alberti et les complète, examinant la convergence, la netteté des couleurs, et les autres effets de l’éloignement. D’autre part il constate que le bleu du ciel augmente en profondeur avec l’altitude, et avance ses hypothèses afin d’expliquer ce phénomène.

C’est par l’analyse de l’arrière-plan des tableaux de Léonard - en particulier de la Cène et de la Joconde - que Claude Viviani appuie ses explications.

On sait que Léonard, qui a vécu longtemps à Milan, y trouva l’occasion d’escalader des sommets secondaires du massif du Mont Rose accessibles à l’époque, et d’y étudier les roches, cherchant à s’expliquer la présence en ces lieux de coquillages, la signification des fossiles. Avec ses justes conclusions il vint à nier la théorie du déluge !

C’est sans doute en anatomie que les recherches de Léonard nous ont le plus frappés, par des explications détaillées et limpides, apportées point par point et avec une minutie quasi “leonardienne” par notre conférencier. Des 228 planches sur l’anatomie - essentiellement regroupées parmi les Collections Royales de Windsor, une partie importante nous fut ainsi commentée, et on trouvera certainement beaucoup de plaisir à les voir ou revoir à l’aide du diaporama qui accompagne ce compte rendu.

Une remarque en passant : Léonard dessina le premier les 4 cavités du cœur et même il eut l’intuition de la circulation sanguine, plus d’un siècle avant son découvreur : William Harvey.

Individualiste confirmé, contrairement aux beaux esprits de son temps Léonard ne se mit pas en recherche du mouvement perpétuel, qu’il savait impossible, et faisait allusion aux alchimistes chercheurs d’or.

D’autres domaines furent abordés tels que la trajectoire des projectiles ou la propagation des ondes. Il n’y a guère de sujet semble-t-il qui n’ait interpellé Léonard de Vinci, à l’émerveillement du conférencier, qu’il sut communiquer à tous, présents dans une salle comble.

On partage son regret que presque rien des approches, des descriptions, des recherches de Léonard de Vinci n’ait pu être utilisé de son vivant, et même longtemps après sa mort.

C’est son disciple, Francesco Melzi, qui hérita de ses notes. D’une partie il fit un “Traité de peinture”, qui fut imprimé, puis plus rien avant le XIXe siècle, où ces notes furent publiées, on les trouve même en partie sur Internet. Mais sans la brillante présentation que nous reçûmes de Claude Viviani.

La conférence très applaudie, donna lieu à des questions ou interventions de spécialistes dans divers domaines, en particulier la géologie ou la perspective dans la peinture, auxquelles le conférencier répondit à la satisfaction de tous.

 

 



 

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