Année 2012-2013 : 09 avril 2013

Giorgio Vasari,  un homme de la Renaissance, architecte, peintre maniériste et historien.

par Jean-Joseph DARDENNE

 

JJ DardenneMonsieur Jean-Joseph DARDENNE, notre conférencier, est venu de Reims pour cette présentation. Président du comité de jumelage Reims-Florence, il connaît bien et aime l’Italie, ses œuvres d’art et son histoire. La conférence sur Vasari qu’il nous a présentée nous a en même temps instruits et enchantés. Sa maîtrise du sujet, ses qualités de conteur, la richesse des illustrations, ont marqué sa prestation, que nous allons tenter de résumer ici.

L’existence de Giorgio Vasari (1511-1574) se situe entièrement dans le 16° siècle. Sa ville de naissance est Arezzo. Jadis rivale de Florence, Arezzo est elle aussi une ville d’art, et l’on nous rappelle la “légende la vraie croix”, les fresques de la basilique Saint-François d'Arezzo peintes au 15° siècle par Piero de la Francesca. Typiquement le conférencier, qui ne veut laisser aucun point inexpliqué, relate en bref l’histoire de cette légende, et suggère que les fresques ont pu influencer la peinture de Vasari.

D’autres personnes illustres sont natives d’Arezzo : le moine du 11° siècle Guido d’Arezzo, qui est à l’origine de la désignation des notes musicales, l’écrivain l’Aretin, contemporain de Vasari, Pétrarque aussi. Le conférencier nous montre les portraits des deux premiers, en les commentant, signalant la chaîne d’or de l’Aretin peint par Le Titien et ce qu’elle implique.

Nous apprenons ensuite que Vasari était d’une famille modeste, son père sellier, mais aussi peintre de coffres et de bannières. D’autres peintres nous sont connus parmi ses ancêtres : son arrière-grand-père Lazzarro Vasari, et surtout son grand-oncle Luca Signorelli dont le conférencier nous montre la fresque “Résurrection de la chair”, qui témoigne du retour à l’antique et, en passant, nous fait remarquer les personnages placés en “contra posto”. Giorgio Vasari, dans la biographie qu’il a écrit de son grand-oncle, signale qu’à l’âge de 8 ans, ce dernier, le voyant doué pour le dessin, l’encouragea fortement à continuer.

Plus tard, afin de développer sa connaissance du dessin, il est apprenti du maître verrier français Guillaume de Marcillat, qui exécute alors les vitraux de la cathédrale. On nous montre en passant des réalisations de Guillaume de Marcillat, nous faisant observer sa science du drapé. A l’âge de 16 ans il est remarqué par le Cardinal Silvio Passerini, ami du pape Léon X Médicis et de passage à Arezzo; et le Cardinal l’emmène à Florence, à la cour d’Alessandro et Ottaviano Medici.

A Florence, Vasari rencontre Francesco Salviati, encore appelé Francesco de' Rossi, qui a son âge et devient son ami. C‘est un peintre maniériste et, à l’aide des œuvres de Salviati, Jean-Joseph DARDENNE nous explique ce qu’est le maniérisme ou “bella maniera”, et nous en fait voir des caractéristiques, comme les postures déformées, la “linea serpentina”, la situation irrationnelle des personnages, les jeux d’architecture, etc.. Le maniérisme, représenté aussi à Florence par le peintre Bronzino, sera le style de peinture de Vasari, qui deviendra un peintre recherché.

Il quitte pourtant Florence en 1537, et parcourt l’Italie jusqu’à son retour en 1554. Il ne perd pas de vue sa famille, dont il est le soutien, et reçoit des commandes dans les villes traversées.

VasariLe conférencier nous montre et décrit alors plusieurs de ces œuvres :

- le Rétable de la descente de croix de l’église de Camaldoli, dans le Casentino (haute vallée de l’Arno), peinture un peu laborieuse, comme on nous le fait remarquer par de nombreux détails.

Les voyages de Vasari lui ont donné l’occasion de rencontrer d’autres peintres, de voir leurs tableaux et de s’en inspirer, mais furent aussi des voyages initiatiques au cours desquels il commença sans doute à recueillir des informations, à prendre des notes, qui devaient le mener à écrire plus tard les fameuses biographies.

De Bologne, Vasari est allé à Venise, s’arrêtant à Parme, Modène, Mantoue. C’est le moment pour le conférencier de nous parler d’autres maniéristes, en nous montrant la Salle des Géants du Palais du Té à Mantoue, réalisée par Giulio Romano, ou en évoquant le peintre de Ferrare Garofalo, rencontré à Parme.

De retour à Florence, Vasari devient le peintre officiel de Cosme Ier, puis de François de Médicis, pour lesquels il avait peint les portraits de Lorenzo et d’Alexandre de Médicis, que nous pouvons voir. Cosme Ier, fils du condottiere Giovanni delle Bande Nere, a de grands projets d’urbanisme et d’organisation pour Florence, et Vasari devient ainsi architecte à son service.

La Loggia des Offices créée par Vasari répond au souci de Cosme Ier de regrouper en un lieu unique les magistratures et corporations de Florence éparpillées dans la ville. Dessinée en longueur, du Palazzo Vecchio à l’Arno, elle se répartit en modules de dimensions égales. La décoration extérieure est uniforme, les affectations intérieures sont les mêmes pour chaque module. L’ensemble très harmonieux, dont on nous fait une description très détaillée et très complète, abrite maintenant le musée de la Galerie des Offices.

Cosme Ier habitait le Palazzo Pitti, de l’autre côté de l’Arno, et souhaitait pouvoir se rendre simplement du Palazzo Pitti au Palazzo Vecchio. Pour cela Vasari conçut le corridoio, un long couloir qui, longeant d’abord l’Arno, empruntait sans être vu le Ponte Vecchio et la voie qui le prolongeait en s’y superposant. La conférence nous fait suivre le corridoio dans son parcours, contournant la tour de la famille Mannelli qui s’y était opposée, passant par l’église de Santa Felicita, et terminant dans les jardins du Palais Pitti.

Au Palazzo Vecchio Vasari réalise, aidé par d’autres peintres, la décoration en fresques des grandes salles, dont la Salle des 500, en premier lieu confiée à Michel-Ange et Leopardi, qui tous deux durent abandonner. On nous montre quelques-unes des grandes scènes de bataille, des victoires de Florence sur les cités rivales, imposantes comme des tapisseries. A l’inverse, le “studiolo” commandé par Francesco Ier est un petit “cabinet de curiosités”. Jean-Joseph DARDENNE nous explique la raison de ce cabinet secret, sans lumière extérieure, dont les petites armoires peuvent recéler de tout, des bijoux ou diamants aux cornes de rhinocéros et aux branches de corail. C’est Vasari qui règle leur décoration par des peintures chargées de mythes, lui-même décorant l’une des armoirettes à l’ image de la forge de Vulcain. Les autres salles du Palazzo Vecchio nous font voir encore des fresques de Vasari, toutes à la gloire des Médicis, comme la rencontre à Bologne de François Ier roi de France et du pape Léon X.

salleVasari est aussi chargé de la peinture intérieure de la coupole de Brunelleschi pour la cathédrale Santa Maria del Fiore. Sur le thème du Jugement Dernier il en conçoit la décoration, terminée par Federigo Zuccari.

Comme architecte il intervient dans la rénovation des églises Santa Maria Novella et Santa Croce et aussi dans l’aménagement des rues de la ville, suivant les projets d’urbanisation de Cosme Ier. Parmi ceux-ci, un projet peu connu cité par Jean-Joseph DARDENNE est celui de la “loggia del pesce”, ou marché au poisson, déplacé depuis.

Parmi les autres villes où Vasari travailla comme architecte, celle de Pise avec la Piazza dei Cavalieri, son palais du même nom, et la statue de Cosme Ier. Ce dernier avait créé l’Ordre des Cavalieri di Santo Stefano. L’église de ce nom se trouve sur la place et certains acorfiens s’en souviennent bien, l’ayant spécialement visitée lors d’un voyage de l’association.

A Arezzo sa ville natale il est l’auteur du Palazzo delle Logge, sur la Piazza Grande, dont les arcades rappellent la Galerie des Offices. A Arezzo se trouve sa maison natale, devenue musée, décorée de ses propres peintures. Les allégories qui y figurent peuvent rappeler Michel-Ange qui, comme le rappelle fréquemment notre conférencier, demeura le maître absolu de Vasari.

Ce faisant, il nous cite le passage de Vasari à Rome, où il collabora à la décoration de la Sala Regia du Vatican par un ensemble de fresques dédié aux Massacres de la Saint-Barthélémy. On peut déduire de leur observation que Charles IX aurait joué dans l’instigation de ces massacres un rôle supérieur à celui de sa mère Catherine...de Médicis.

Pour terminer notre conférencier nous parle de Giorgio Vasari historien avec son ouvrage "Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes". La première version parue en 1550 comprenait 187 personnages, la seconde plus encore avec des personnages encore vivants, y compris Vasari lui-même. Chaque biographie est précédée d’une introduction à tournure souvent moralisatrice, et d’un portrait gravé.

C’est le moment pour notre conférencier de rappeler le “campanilisme” de Vasari, qui place les artistes toscans, surtout les florentins, au-dessus de tous les autres. Mais c’est aussi l’occasion de faire ressortir l’atmosphère des ateliers de peinture, en particulier l’esprit potache des jeunes apprentis, en citant quelques anecdotes pleines d’humour.

Et sur ces derniers traits d’esprit notre conférencier met fin à sa conférence, deux heures ou presque il nous tint en haleine, attentifs et ravis, montrant enfin par nos applaudissements que nous en garderons longtemps le souvenir.

     

 

 

 

 

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