Année 2010-2011 : 9 novembre 2010

La Sicile de la Trinacria aux Vêpres Siciliennes (1282)

par Claude VIVIANI

  

L’assistance est nombreuse pour assister à la conférence de Claude Viviani sur l’histoire de la Sicile. Précédemment il nous avait présenté les ingénieurs italiens de la Renaissance, et plus récemment relaté les aventures de fameux «condottieri». Il saisit cette fois l’occasion d’un récent voyage en Sicile pour nous présenter l’histoire de cette île, des débuts jusqu’au massacre des Français connu sous le nom de «Vêpres Siciliennes».

Sa présentation géographique de la Sicile, située au centre de la Mer Méditerranée, nous fait bien comprendre le rôle clé qu’elle a joué dans l’histoire des peuples méditerranéens, et son destin de terre d’invasion, et d’émigration. On apprend à connaître les trois mers qui l’entourent, ses trois zones géographiques, ses neuf provinces, sa qualité de région autonome. On s’apercevra ensuite que malgré ses particularités, la Sicile a vu son histoire fréquemment mêlée à celle de l’Italie du Sud.

Au préalable, Claude prit soin de nous raconter l’interprétation connue dans la mythologie de la création de la Sicile et de son volcan l’Etna.

L’introduction nous dit à quel point l’histoire de la Sicile fut longue et compliquée. Nombreux sont les envahisseurs qui se sont succédés : après les peuples de la préhistoire, Sicanes, Sicules, surtout les Elymes, suivis des phéniciens, ce furent les grecs, les carthaginois, les romains, les vandales, les ostrogoths, les arabes, les normands, et enfin les angevins, dont le pouvoir prit fin avec leur massacre. On avait eu entre temps la suprématie des empereurs byzantins, celle des empereurs romains germaniques, et plus tard celle des rois d’Aragon, sans oublier le rôle important joué dans l’île par la papauté. La présence des uns et des autres fut quelquefois très longue (sept siècles pour les romains), elle survint souvent au prix de guerres sanglantes, mais fut aussi parfois le résultat d’alliances ou de transmissions dans la succession des familles princières.

Entrant dans le détail juste ce qui est nécessaire, Claude Viviani s’est attaché à nous livrer l’essentiel, expliquant par exemple comment les seigneurs normands sont venus en Sicile et comment ils ont pris le pouvoir. Il en fait de même pour les angevins, dont l’accession au trône de Sicile est liée aux successions du trône royal de France et du Comté de Provence.

Grâce à d’excellentes cartes du bassin méditerranéen, il nous montrait aussi l’étendue des possessions de chacun des envahisseurs, nous apportant sur cette étendue de véritables révélations comme dans le cas des normands ou des angevins.

Les merveilles artistiques créées par tous ces peuples sont nombreuses, et Claude, par la projection de très belles images et de ses photos, nous faisait aussi participer à sa propre découverte de l’île, commençant par le bourg perché d’Eryx, créé par les Elymes, et se poursuivant par les magnifiques temples grecs de Segesta, Selinonte et Agrigente. Chacune de ces villes antiques avait eu sa propre histoire, que Claude nous relatait brièvement, apportant sa note personnelle d’anecdotes de voyage, telles sa sérieuse chute à la cathédrale d’Ortygie, l’île de Syracuse, qui abrégea malencontreusement leur voyage. Au passage l’assistance put voir avec plaisir son épouse au volant de la petite voiture électrique qui leur servit à visiter le site très étendu de Selinonte.

La Trinaclia, image blason de la Sicile, faisait partie du titre de la conférence, ce qui avait intrigué beaucoup d’entre nous. Cette image, abondamment représentée en Sicile, et particulièrement sur les objets-souvenirs, remonte au temps des grecs. Claude Viviani la décrit et la montre sous ses diverses présentations, en expliquant dans le détail les symboles qu’elle contient.

Après le récit de la prise de l’île par les normands et la création par eux du régime féodal, c’était la très agréable visite des églises normando-byzantines documentée de splendides images. Un détail curieux : la plaque de rue de Palerme écrite en arabe et en hébreu comme en italien.

En soulignant la présence romaine, ne pouvaient manquer les vues des célèbres fresques de Piazza Armerina. Quant à la présence arabe, elle fut constamment rappelée avec l’architecture des églises normandes et leur décoration par des artisans arabo-siciliens. Les arabes reçurent la protection des souverains normands, et même l’un d’entre eux, le géographe Aïs Ibrid, sur une commande de Roger II, créa un très vaste traité géographique appelé «Le Livre de Roger».

Une autre période remarquable pour la Sicile est celle de la domination des Hohenstaufen, et surtout de Frédéric II qui fit de Palerme sa capitale et dont les qualités personnelles furent l’objet d’un chapitre spécial.

L’histoire de Charles d’Anjou, conquérant de l’île, est étroitement mêlée à cette des successeurs de Frédéric II qui lui disputaient son trône et que Charles d’Anjou finit par anéantir.

L’épisode des Vêpres s’explique par la haine que suscitait parmi le peuple et la bourgeoisie siciliennes la noblesse angevine, arrogante et cruelle. La fouille abusive d’une femme sicilienne fut le prétexte à ce massacre et au soulèvement qui l’accompagna. C’était la fin du régime angevin. Le noble sicilien Jean de Procida était allié des Hohenstaufen, et fut peut-être l’âme de la conspiration. Il appela le roi d’Aragon, qui prit possession de l’île, sur laquelle devaient régner les souverains venus d’Espagne jusqu’au débarquement de Garibalbi au 19° siècle.

Après avoir suivi avec grand intérêt les multiples retournements de l’histoire de la Sicile, l’assemblée, enchantée de la soirée et de toutes les explications apportées, applaudit chaudement notre conférencier. À quand la suite de l’histoire ?

 

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©ACORFI