Année 2002-2003 : 21 janvier 2003

L'histoire du carnaval de Venise,
par Gisèle Karczewski

 

5. Une manifestation sulfureuse

Le carnaval synonyme d’orgies en tout genre ne serait complètement présenté sans l’évocation de la débauche sexuelle par ailleurs évoquée systématiquement dans toute évocation de Venise. Il faut rappeler que Venise plus hier qu’aujourd’hui était un port et quel port (!) : sa richesse, ses activités attiraient beaucoup de monde : le "bordel public" de Venise avait une clientèle très cosmopolite : voici ce qu’écrit un voyageur du 17ième siècle, Henry Van Bulderen : "il y a des rues toutes entières pour les filles de joie qui se donnent à tous venants" et Montesquieu au début du 18ième siècle de remarquer : "il y a, depuis 20 ans, 10 000 putains à Venise de moins ; ce qui ne vient pas d’une réformation dans les mœurs, mais de l’affreuse diminution des étrangers... " en 1500 il y avaient par exemple 12000 prostituées soit un dixième de la population totale, concurrencées par les prostitués hommes ! Il existe d’ailleurs une rue et un pont des nichons dans le quartier San Cassiano ! Beaucoup de putains à Venise, certes, mais comme dans d’autres ports (d’Amsterdam ou d’ailleurs) … On trouve écrit que certaines affluaient de l’Europe entière au moment du carnaval : comme affluaient les clients de l’Europe entière.

Les femmes de Venise ont eu une réputation sulfureuse : ceci s’explique non seulement par la présence de ces prostituées et autres courtisanes .

Précisons plusieurs faits caractéristiques concernant Venise: une fille pour se marier devait être dotée, ce qui pouvait ruiner une famille aussi beaucoup d’entre elles étaient placées dans des couvents qui étaient au moment du carnaval notamment des lieux fort courus des nombreux libertins masqués.

Il faut aussi savoir que pour les mêmes raisons économiques certains hommes étaient contraints au célibat (Cf. Mme Crouzet–Pavan) : ces deux faits peuvent expliquer que la société Vénitienne était violente et libertine, en temps ordinaire, à fortiori en temps de carnaval. Il existait en effet à Venise une culture du viol alimentée par une forte misogynie.

Les compagnies della calza (compagnies de jeunes) qu’on évoquait plus haut étaient souvent à l’origine de violences. De la même façon il faut expliquer l’homosexualité et la sodomie largement pratiquées à Venise et combattues en vain par des lois sévères : en effet du 14 au 16ièmes siècles la sodomie était punie soit par la peine de mort par décapitation sur la Piazzetta soit par le supplice de la Cheba (cage de bois suspendue au clocher de St Marc) d’autre part, deux nobles par quartier étaient autorisés à porter des armes pour détruire le vitium sodomiae à la même époque. Il est évident que le port du masque favorisait toutes ces licences …

 

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