Année 2015-2016 : 31 mai 2016

Les grands voyageurs français en Italie au XIXème et XXème siècle,

par André LINGOIS.

 

C'est une présentation pleine d'esprit qui nous fut proposée par Marie-Hélène Viviani, Vice-Pésidente, en comparant les conférences précédentes d'André Lingois à la dégustation des divers crus d'un vin de qualité.

Certes le sujet des grands voyageurs français en Italie avait déjà été abordé par le conférencier, mais jamais il ne le fut de manière aussi exhaustive et variée. Latiniste passionné, André Lingois est aussi un fervent connaisseur de la littérature française sous tous ses aspects. Outre les grands maîtres, il aime faire découvrir des auteurs moins connus, dont il excelle à démontrer les mérites.

Passant de l'un à l'autre avec virtuosité, il présentait l'auteur en le situant précisément dans son époque, montrait la place des voyages en Italie dans ses oeuvres, et donnait lecture de morceaux choisis. On a pu en écouter un grand nombre, émaillés par le conférencier de commentaires spirituels et remplis d'érudition. La plupart de ces textes étaient lus par Mauricette Aussourd, experte dans l'exercice difficile de s'adapter à des styles souvent très divers. L'illustration par un diaporama de Claude Viviani, fait de portraits et d'images parfaitement appropriés, complétait au mieux cette conférence très réussie.

Le plan épousait le tracé de la chronologie. Avant de se vouer aux 19° et 20° siècles, André Lingois a voulu nous montrer comment a commencé en France cet engouement des voyages en Italie, considérés au début comme un “parcours initiatique”. Aux voyageurs qu'il nous avait fait connaître en de précédentes occasions, Montaigne et le Président De Brosses, il ajoute cette fois de nouveaux noms, tels Bernard de Montfaucon et l'Abbé Barthélémy, en fournissant de leurs oeuvres peu connues un large aperçu.

Puis c'est le génie de Chateaubriand, qui occupe tout le début du 19° siècle; son sommet est la fameuse “Lettre à Fontanes”, dont on apprend l'histoire avec tous ses détails. La lecture d'extraits bien choisis, en même temps qu'elle nous ravit, nous aide à mieux comprendre les raisons d'une telle gloire faite à l'auteur.

On passe au pur romantisme avec Lamartine, tout en exposant les inspirations qui ont animé cette école littéraire. Les belles pages qui nous sont lues débordent d'admiration pour l'Italie, et l'on écoute ravis.

 
 


Ensuite c'est un concert d'écrivains tous plus divers et talentueux. On commence par Stendhal et ses évocations du lac de Côme, au bord duquel on est surpris de rencontrer Maurice Barrès. Enchantés par leurs descriptions de ses paysages, on va de Taine à Renan, puis à André Gide, ensuite on s'arrête longuement sur des écrivains moins célèbres, parfois pour les uns ou les autres des révélations. De Vaudoyer à Roger Lannes en passant par Henri Calet, on arrive enfin à Giono et Michel Déon, citant chaque fois le nom de l'oeuvre dont est tiré l'extrait qui nous est lu. On est désormais loin du romantisme et des hymnes admiratifs. L'Italie est devenue familière, on continue de l'aimer et de le dire, mais d'un ton des voyageurs qui la découvrent et en font la relation.

André Suarès, puis Dominique Fernandez et aussi Michel Déon nous renvoient à l'Italie des merveilles et à son histoire, celle des “condottieri”, des batailles de mercenaires pour la primauté en Toscane ou en Ombrie, celle aussi des vieilles cités perchées.

Pour terminer André Lingois nous cite Yannick HAENEL et son récit intitulé “Je cherche l'Italie”, où l'auteur abordant le sujet de la politique, nous montre une Italie en proie à ses démons.

Cette fin un peu triste n'a rien enlevé au souvenir d'une conférence très instructive et divertissante, et il est bien difficile de choisir des passages ou des relations à mettre en évidence. La diversité des auteurs cités trouvait souvent leur relation dans les régions décrites, comme le lac de Côme ou l'Ombrie, ou dans le sujet lui-même, comme le condottiere ou le bar à café. Pour l'anecdote on remerciera le conférencier d'avoir cité la description impressionnante des machines à expresso faite par Henri Calet, qui rappellerait presque celle par Victor Hugo de la machine à vapeur. Mais on a surtout apprécié le récit de Giono sur la route de Brescia et sa description comparée des légumes de Lombardie et de Provence, ou le passage consacré à la Piazza del Campo de Sienne par Dominique Fernandez.

Et vers la fin André Lingois nous cite encore des auteurs actuels tel Jean-Claude Simoen et son “voyage en Italie”, comme pour dire combien il aurait pu encore nous en parler, dans cette abondante conférence, où la profusion des dates, la précision des détails, alternaient avec le libre-cours des anecdotes. Le conférencier, tout à son aise dans un ton souvent interrogatif et d'auto-dérision, semblait nous inviter à participer à la construction de sa conférence, et visiblement les acorfiens aiment cela, comme en témoignaient les longs applaudissements qui en saluèrent la fin.