Année 2015-2016 : 8 mars 2016

Vie de Benvenuto Cellini,

par Jean-Louis GAUTREAU.

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La Vita...ou vie de Benvenuto Cellini , orfèvre et sculpteur florentin écrite par lui-même .


Cette biographie fut écrite entre 1558 et 1567, d'abord par l'artiste pour le début, puis, sans doute, sous la dictée, par un jeune apprenti du maître pour la suite. Elle ne parut qu'en 1728, à Naples, fut traduite en allemand par Goethe en 1803 et en français en 1822.
Dans une langue toscane simplissime, crue, fleurie, l'auteur n'épargne ni les humbles ni les puissants, tels les papes Clément VII aux petits yeux de porc et Paul III, dont on obtenait tout avant sa séance de vomissement. Insolent, hâbleur, bagarreur, tueur sans remords, il décrit avec force détails, la vie d'un atelier d'orfèvre ou de statuaire et ses relations avec mécènes et artistes de son temps.

Né et mort à Florence, (1500-1571), il y demeure toujours, dominant de son buste l'Arno, du haut du Ponte-Vecchio . Fils d'un père musicien, il est un bon flûtiste, mais préfère le dessin. Sa jeunesse mouvementée le fait aller de ville en ville, au gré de ses turpitudes : Florence, Rome, Sienne… Il aime les femmes, sans plus, mais ne tarit pas d'éloges quand il s'agit de beaux jeunes gens ! Tout comme Michel-Ange ou Vinci.

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Cellini


L'une de ses premières réussites est un vase pour l'évêque de Salamanque qui tarde à le payer. Il en réalise deux autres pour un célèbre chirurgien qui avait le pouvoir de guérir du mal français les grands de l'époque, surtout des prêtres ! En 1527, lors du sac de Rome par les troupes de Charles-Quint, il se réfugie avec le pape dans le Château Saint-Ange, d'où il aurait abattu le connétable de Bourbon, commandant les armées de l'Empereur. Condamné à verser 400 000 ducats à ce dernier, le pape aurait confié or et joyaux à Cellini afin de les mettre à l'abri et lui commande un fermail pour l'une de ses chapes.

Cellini tue une fois, deux fois. Sa deuxième victime est un autre orfèvre avec qui il entretenait des relations plus que conflictuelles : Pompéo de Capitanis. Clément VII décédé, Paul III, le nouveau Pape, ne fait pas preuve de la même mansuétude. Cellini fuit encore mais rentre en grâce, pour manquer mourir. Miraculeusement guéri, avec, dit-il, vingt sangsues au cul et après avoir vomi un ver de vingt centimètres de long, à l'époque où Côme de Médicis succède à Alexandre, après l'épisode qui inspira le " Lorenzaccio" de Musset. Il fait alors un court séjour en France, avec son assistant Ascanio ; sans résultat.

De retour à Rome, il œuvre pour le cardinal Hippolyte II d'Este. Accusé par un ex-assistant pérugin d'avoir dérobé joyaux et or du château Saint-Ange, il est arrêté, s'enfuit, est repris. Il vaut mieux pour lui repartir pour la France avec le cardinal et Ascanio. En cours de route, il tue encore à Sienne ! Il arrive néanmoins à Paris où François Ier l'accueille à bras ouverts. Le roi lui offre un atelier au petit Nesle dans l'ancienne enceinte de Philippe-Auguste, face au Louvre. Il le fait seigneur de ce lieu et naturaliser français.



saliere
nymphe

Pour mille écus, il lui commande une salière. Ce sera un des plus célèbres joyaux fabriqués par Cellini. Mais le trésorier du roi, impressionné par la somme, tente de la voler à son profit, par la force ! Cellini échappe au traquenard et s'attelle à un nouveau projet : orner la porte principale du château de Fontainebleau, une nymphe en bronze, en rapport avec la légende à l'origine du nom de la ville, celle de la fontaine de Bliaud, un chien perdu dans la forêt. Cette nymphe est toujours au Louvre. Son moulage orne la porte du château d'Anet, cadeau de Henri II à Diane de Poitiers. La haine que lui voue la duchesse d'Etampes, maîtresse du roi, l'oblige à bientôt quitter la France.

De retour à Florence, il entre au service du duc Cosme Ier et de son épouse, Eléonore de Tolède qui lui commande ce qui sera l'oeuvre de sa vie : le Persée que l'on peut toujours voir dans la Loggia dei Lanzi, piazza della Signoria. 9 ans de travail, dans des conditions parfois dantesques ; c'est Palissy dans son atelier, Vulcain dans ses forges, luttant contre un incendie ou brûlant tout ce qu'il trouve pour continuer son travail ! Après, rien n'égalera ce que Cellini aura déjà réaliser.

Jean-Louis Gautreau, notre orateur d'un soir, se délecte tel Raminagrobis devant sa proie, il savoure, joue du moindre détail et entraîne son auditoire à la découverte d'une œuvre exceptionnelle. Un régal que cette " Vita" d'une crapule de génie !


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