Année 2015-2016 : 23 février 2016

Puccini une vie pour l'opéra ,

par Marie-Claude FARISON.

MCF

Pour commencer la Vice-Présidente signale que Marie-Claude Farison, la conférencière de ce soir est venue spécialement à Orléans pour présenter à l'Acorfi sa conférence. Le sujet en avait été choisi en préparation d'un opéra de Puccini proposé aux adhérents de l'Acorfi, pour un spectacle en transmission directe dans un cinéma d'Orléans.

C'est Dominique Masson, membre du Conseil d'Administration, et à l'origine de cette conférence, qui fait la présentation de la conférencière, citant les responsabilités qu'elle a exercées, dont celles pour le Ministère de la Culture, notamment la Direction d'Instituts culturels français en Allemagne et en Autriche. Elle mit aussi en relief sa connaissance de l'histoire de l'Empire austro-hongrois.

En réponse la conférencière nous montre par des exemples, comment l'Allemagne et surtout l'Autriche restent tournés vers l'Italie, par l'histoire et la géographie, et notamment par la musique. Quant au titre qu'elle a choisi, “Une Vie pour l'Opéra”, il rappelle que Puccini était avant tout un homme de théâtre et compositeur d'opéra.

Sans doute en méconnaissance de la salle et de nos habitudes, elle appliqua un plan inhabituel : d'abord les débuts musicaux de Puccini, puis sa musique, en usant pour celle ci de comparaisons avec les autres compositeurs, ensuite elle nous montra des images sélectionnées, et enfin nous fit entendre quelques extraits. Et ce fût une conférence très réussie, dense et copieuse à la fois, révélant en même temps une érudition exceptionnelle.

Puccini
butterfly


Marie-Claude Farison, qui n'est pas musicologue - c'est ce qu'elle affirme au préalable, mais la qualité de sa conférence nous donne à croire le contraire - exprime pour commencer l'opinion qu'ont en France les experts et le marché du disque sur Puccini : peu favorable. A l'exception de Ravel les musiciens français, de Debussy à Massenet et Paul Dukas, ne l'estimaient guère; en revanche l'appréciaient les russes comme Strawinsky et les autrichiens Schönberg et Mahler. En effet ce dernier fit jouer “Le Villi”, opéra de Puccini, par l'Opéra de Hambourg tandis qu'il le dirigeait.

Il convenait donc de réhabiliter Puccini. Marie-Claude Farison y parvint totalement, tout en le comparant aux deux géants qui le précédaient, Wagner et Verdi. Et si Verdi a pu jouer un grand rôle dans la vocation de Puccini, c'est de Wagner qu'il paraît le mieux s'inspirer, influencé peut-être par son professeur Ponchielli.

La comparaison avec Verdi révèle par contre de sensibles divergences. D'abord, en analysant l'intrigue des 22 opéras de Verdi, qui on nous le rappelle appartient à la période romantique, on constate qu'il s'agit principalement, soit de sujets historiques, soit de thèmes empruntés à la littérature, Seuls les deux derniers opéras, Otello et Falstaff, se trouvent en harmonie avec le temps où ils sont écrits, nous dit-elle. A l'inverse ceux de Puccini paraissent bien implantés dans l'époque de leur création. De même au temps de Verdi il était d'usage de découper l'intrigue en scènes, puis en numéros, exécutés sur le devant de la scène par des chanteurs à voix. Avec Puccini et à l'image de Wagner et de sa “Gesamtkunst”, l'art total, l'orchestre vient en première ligne, au point que les chanteurs “se font instruments”.

turandot
couple


Rappelant que Puccini appartient à l'école italienne du vérisme, illustrée par d'autres compositeurs comme Mascagni et Leoncavallo, la conférencière s'applique à démontrer par des exemples comment ses personnages sont ordinaires et font face à des situations dramatiques ou socialement injustes, ou combien ils sont modernes et presque de notre époque.

Ce fût une élégante démonstration, dans un langage très pur, sans cesse en quête du mot juste, de formules bien sonnantes et de phrases équilibrées, indifférent à la mesure du temps (ses habitudes de professeure, s'excusa-t-elle). Par ailleurs, tout son discours était imprégné d'une exceptionnelle sensibilité musicale, perceptible même par une assemblée qui n'est pas uniquement composée de mélomanes avertis ou fervents.

Cherchant des points particuliers qui nous ont frappés, on pourrait proposer les clins d'oeil à l'italianité, comme le concert des lucquois accompagnant à la gare de Lucques le jeune Puccini parti compléter à Milan sa formation musicale. De même, la conférencière évoque ravie le concert de voix improvisé entendu dans un restaurant italien en Allemagne. Le rôle de Ricordi, détecteur de talent et génial investisseur, mais aussi pseudo-père, nous fait l'effet d'une découverte. On a aussi aimé l'affichage d'opinions bien marquées, comme la préférence de la Manon de Puccini sur celle de Massenet, ou la détestation de “La Bohème” de Puccini, bien compensée par le décryptage de la scène de la torture de la “Tosca”.

fanciulla
 


Tenus comme nous l'étions au fil de ses paroles, l'écoute de Marie-Claude Farison aurait pu se prolonger longuement, mais le temps courait, et il fallait conclure. Il restait juste le temps de nous situer l'intrigue de “Madame Butterfly”. On a encore pu apprécier l'affection de la conférencière pour le personnage meurtri de Butterfly, et le rapprochement qu'elle fit sur ce point avec Puccini et sa compagne, puis suivirent des longs applaudissements qui témoignaient de l'enchantement ressenti par tous les acorfiens.

 
     
6dates disco 6oeuvres