Année 2015-2016 : 05 janvier 2016

Soirée poétique. Lecture de poésies de Myriam SISBANE,

par un groupe d'Acorfiens.

groupe

Poète prends ton luth …

C'est ce qu'a fait Claude Viviani en cette soirée du 5 janvier 2016. Musique et instrumentiste anglais ponctueront les lectures de quatre acorfiens, lectures des œuvres d'une grande inconnue de presque tout l'auditoire : Myriam Sisbane.


Ce sont ses deux amies, Marie-Annette Fourneyron et Ewa Gorecki qui, lors d'un rangement succédant à son hospitalisation, sans doute définitive, ont découvert le trésor où vont puiser nos lecteurs d'un soir.


Ces trois amies ont été de ferventes acorfiennes. Marie-Annette, la plus prolifique, a donné dix conférences que l'on peut retrouver sur le site de l'association et participé à certains voyages. - souvenez-vous des villas palladiennes - Ewa, cantatrice, fut ici-même, l'interprète, en 2006, de Puccini, Bellini et Verdi. Quant à Myriam, elle évoqua, l'espace d'un soir, les poètes romantiques anglais en Italie.


Myriam Sisbane, née en Algérie en 1928 , y a passé enfance et adolescence. Moments difficiles, où pointent déjà les prémices de la décolonisation mais aussi grand bonheur, trop court, au sein d'une famille, en un lieu qu'elle dit être "la maison de la musique". Très jeune, elle écrit en cachette et ne cessera de le faire, toujours aussi discrète. Elle continue, sera professeur d'anglais et, en 1967, envisagera de faire éditer ses œuvres. Sa modestie la fera renoncer. Jusqu'à ce que Marie-Annette et Ewa ... Marie-Annette, dont la frêle présence va rendre encore plus émouvante cette soirée.

 
 


Et la chanson à quatre, voire cinq voix, de pouvoir commencer, au son du luth, évidemment. L'auditoire, d'abord intrigué, va bientôt faire preuve du plus grand intérêt, et finir enthousiaste. Il est vrai que les quarante poèmes proposés, dans leur grande diversité, ont pu satisfaire tous les goûts.

Quatre et même cinq voix ! Celle de Geneviève à l'émotion difficilement contenue celle à l'impeccable maîtrise de Marie-Hélène; celle de Françoise, cristalline, presque enfantine ; celle, posée, du maître d'école, Daniel et puis celle, plus grave, de l'invité surprise, Claude dont le coeur est chaviré car, Myriam le lui fait dire,

"Dans les bras d'un marin,
J'ai le mal de mer."

En fermant les yeux, on peut s'imaginer, tel Bernard Pivot sur un plateau de télévision, entouré d'une foule de poètes.

Un sonnet et c'est Ronsard une page étrange et c'est Apollinaire dans ses calligrammes. C'est Paul Fort qui arrive au trot de son petit cheval devant

"une carriole
que tire une rosse
j'ai jeté mon pauvre coeur
cravaté de brume
mon coeur inanimé."

Prévert surgit bientôt,

"Une girafe
deux orteils
trois oiseaux
et le ciel
si haut
si beau."

pour un curieux inventaire qui s'efface pour laisser place à Carco
dans "La belle du canal" qui avait

"des yeux couleur d'aubergine
des yeux fascinants
comme on en voit peu ." ,

puis à Desnos , car , nous dit Myriam ,

"Dans mon île
un crocodile
gobe les mouches gentiment
fait de l'oeil aux passants
aux hirondelles , aux flamants ..."

Et voilà même ce bon La Fontaine qui pointe son nez avec ce héron devenu roi,

"le roi des plus nobles
et gentes grenouilles de la terre."

De toute évidence, nos lecteurs ont voulu rester dans la légèreté; quelques poèmes, cependant, traitent de sujets plus graves. Nostalgie lorsque Myriam avoue :

"Je voudrais revoir les oasis…
Je voudrais encore entendre l'imzad." (imzad : vielle monocorde touareg)


Révolte de l'adolescence :

"Oui la jeunesse enterre un monde
qui la bâillonne
la rudoie
n'a pour elle que rancoeur."

et ses conséquences :


"Quand je pense à l'enfant que tu étais
et que je vois ce que tu es."

Exaspération , même , du nouveau-né :


"Je trouve intolérable
d'être né
sans avis préalable."


Ou encore critique du corps professoral :


"On en sait encore moins lorsque l'on sort de fac,
mais on pourra saquer , car on est diplômé !
Il faudra leur parler de patrie, de devoir,
de travail et de paix. Il faudra les coller ..."

Ces bons ou mauvais élèves qui n'ont plus qu'à descendre d'un étage pour goûter panetone et asti afin de fêter dignement la Befana et, le verre à la main, remercier Geneviève à l'initiative de cette merveilleuse soirée.

 


©ACORFI