Année 2015-2016 : 01 décembre 2015

Le Roman de Venise,

par Daniel LABRETTE.

 

Daniel LNohant

Avant de commencer, la présidente évoque les conférences déjà présentées par Daniel Labrette à l'Acorfi, dont certaines elles aussi mettaient en scène Venise, l'un de ses sujets préfèrés. Le titre de ce soir contenait une énigme, apportant la question : quel est cet amour à la vénitienne dont on compte nous entretenir ?

Notre impatience fut vite satisfaite, car d'emblée on apprit que ce titre, bien inspiré du reste, se rapportait au voyage amoureux que firent à Venise au début de l'année 1834, George Sand et Alfred de Musset.

La littérature dispose de nombreux documents concernant l'épisode tumultueux que fut le voyage de nos deux écrivains, documents issus de leur correspondance ou de récits d'hommes de lettres renommés, souvent leurs contemporains. Le conférencier a choisi, pour nous relater leurs relations durant ces quelques mois, d'en lire de très nombreux extraits, excellemment choisis.

On commence par la présentation de chacun des personnages, principalement George Sand. Ils fréquentent les cercles littéraires de l'époque, font l'admiration de beaucoup, et y sont sans doute la cible de cancans et de railleries.

Leur rencontre eut lieu chez le Chef de la Rédaction de la fameuse Revue des Deux Mondes, en juin 1933. Un peu plus tard, après l'installation de Musset au domicile de George Sand, Quai Malaquais, et en décembre 1833, l'illustre couple part pour Venise, bien qu'ayant dèjà éprouvé quelques tensions dans leur liaison.

SandmussetAprès un long voyage, fait pour une part en bateau, ils s'installent dans le luxueux hôtel Danieli. Cet hôtel, dont l'image est la première à nous être présentée, nous est minutieusement décrit, et l'on découvre les admirables vues qu'il offre sur Venise et le Grand Canal, comme aussi les magnifiques décorations de ses salons et de ses chambres. Plus loin sont évoquées les beautés de la ville, avec la lecture de descriptions issues des écrits de George Sand.

Le récit du voyage continue par les extraits de souvenirs de Musset et de lettres à son frère, et de celles que George Sand envoie en France, notamment au précepteur de ses enfants. Mais tandis qu'elle termine le roman promis à son éditeur, Musset court les filles et s'enivre.

Les ennuis d'argent leur font envisager de quitter le Danieli, mais tous deux sont malades, elle de dysenterie, lui de fortes fièvres qui affectent sa raison. Ils sont soignés par un jeune médecin italien, Pagello, qui devient l'amant de George Sand. Musset s'en aperçoit malgré ses délires; sitôt guéri il rentre à Paris, suivi bientôt de George Sand qu'accompagne Pagello; finalement ce dernier rentre à Venise un peu plus tard.

La liaison des deux amants ne s'est pas terminée à Venise, puisqu'ils vécurent plus tard à Paris une nouvelle et brève rencontre, un “feu de paille” comme dit notre conférencier. Et en complément il nous fait part d'écrits échangés, peu amènes, tandis que George Sand exige de Musset qu'il lui rende ses lettres.

stendhalColletL'histoire pourrait s'arrêter là, quand malicieusement Daniel Labrette ouvre pour nous un nouveau chapître par les souvenirs laissés aux vénitiens de ce couple fameux. Ils nous viennent d'un extrait de “L'Italie des Italiens” (1862, à lire sur Gallica) de Louise Collet, décrivant sa rencontre 20 ans plus tard au Danieli de l'ancien propriétaire. Le dialogue entre Louise et Monsieur Danieli, si heureux de compulser son vieux registre, (à écouter dans le diaporama), forme une scénette très amusante, que le conférencier interprète avec tout l'esprit qu'on lui connaît.

Concernant l'Italie, on avait cité la description de Venise par George Sand; pour Musset Daniel Labrette cite sa nouvelle qui met en scène Pippo, fils du Titien, et surtout les poèmes que Musset composa sur l'Italie de ses rêves, avant même d'y aller, dans les “Contes d'Espagne et d'Italie”.

Nombreux sont les passages de cette conférence sur lesquels on voudrait s'attarder, car on a tout apprécié, sans oublier l'habileté de Daniel Labrette à repérer, au sein d'une abondante documentation, les meilleurs textes à extraire, puis à les introduire harmonieusement dans son récit. Enfin son talent de conteur, désormais familier aux acorfiens, vient apporter tout son charme.

Nous avons bien aimé aussi la présentation, très instructive, des écrivains que fréquentaient les deux poètes, et l'image réduite du Tout-Paris littéraire de l'époque qu'elle en donnait.

Au début nous étaient signalées les diverses oeuvres qui ont traité le sujet; fort opportunément on nous rappela ainsi un film maintenant oublié, “ Les enfants du siècle“, avec Juliette Binoche.

Une grande surprise - et découverte - nous apportaient les souvenirs de Pagello, et la description qu'il y fît de George Sand lors de leur première rencontre.

C'était enfin une très bonne idée de nous montrer les dessins faits par Musset durant le voyage, les représentant l'un et l'autre, notamment l'un d'eux représentant leur compagnon de voyage Stendhal, rencontré par hasard, montré un peu éméché et esquissant un pas de danse !

Au terme de la conférence, très applaudie des acorfiens qui s'étaient beaucoup divertis, il y eut beaucoup de questions et de demandes de précisions, en particulier sur l'Hôtel Danieli et sa position unique, auxquelles le conférencier put répondre à la satisfaction générale.