Année 2014-2015 : 03 février 2015

Carpaccio peintre de la Scuola degli Schiavoni,

par Marie-Hélène VIVIANI

 

MHV01

La conférencière de ce soir, Marie-Hélène Viviani, aime Venise et Carpaccio. On n’a pas oublié à l’Acorfi sa présentation de La Légende de Sainte Ursule. Cette fois elle nous présente les tableaux que peignit Carpaccio pour la “Scuola San Giorgio degli Schiavoni” (Ecole Saint Georges des Esclavons), encore appelée Confrérie Dalmate, à Venise. Ce fut une conférence très vivante et animée, riche d’informations, captivante du début à la fin.

Après avoir évoqué le peintre lui-même et la brillante Venise de son époque, et rappelé l’objet des “Scuole” de Venise, Marie-Hélène retraça l’histoire de la Communauté Dalmate de Venise et de sa “Scuola”, la seule demeurée intacte. C’est à Carpaccio que les Dalmates confièrent la décoration de leur chapelle, en choisissant pour thèmes principaux Saint Georges, Saint Jérôme, Saint Tryphon et Saint Augustin.

En situant Carpaccio dans son époque - les tableaux furent peints de 1502 à 1507 - et par de multiples exemples, Marie-Hélène nous aida à comprendre leurs caractères singuliers et quelle était leur origine : souci et précision des détails à l’instar de la peinture flamande, goût et richesse des vêtements d’inspiration orientale, influence relative de Gentile Bellini, de Pisanello, d’Antonio di Messina.

Prenant un à un les tableaux les plus importants, elle s’attacha ensuite à nous les décrire dans toutes leurs particularités, en fournissant le sens, recherchant leurs détails jusqu’aux moins apparents, nous faisant apprécier les expressions des personnages, et en même temps nous rendant point par point participants de l’admiration qu’elle éprouvait.

MHV02
 

C’est avec “La Vision de Saint Augustin” que l’analyse atteint son sommet. L’énumération des objets semble infinie, chaque repère laissé par le peintre est trouvé, analysé, expliqué, la séparation qu’il fit des objets profanes et des objets sacrés est mise en évidence. Une porte laissée ouverte nous révèle des instruments de l’époque, connus et repérés. Et l’analyse subtile de la vision du saint, de la pose du chien, nous rend plus sensibles encore à la foi du peintre.

Cette conférence passionnante gagna encore au choix de citations d’auteurs ou de critiques de toutes époques : de Philippe de Comines et Du Bellay, à Marcel Proust et Michel Serres, de John Ruskin à Rainer Maria Rilke. Et aussit on découvrait comment des ouvrages peu connus, comme celui de Breydenbach, illustré par Reuwich, largement diffusés à leur époque, pouvaient influencer les artistes de leur temps.

On ne peut oublier l’adresse dans le choix des images avec leurs premiers plans révélateurs, apportée par Claude Viviani au succès de cette rencontre, qui assumait ainsi un caractère d’intimité convenant bien aux acorfiens.

A la rencontre des chefs-d’œuvre, Marie-Hélène Viviani a bien su mettre en commun tous les sentiments qu’elle éprouvait. La salle témoigna par de longs applaudissements toute l’émotion partagée, et la joie de cette belle soirée.

 

©ACORFI