Année 2014-2015 : 20 janvier 2015

"Le Zucco"de Chantilly à la Sicile,

par Daniel LABRETTE

 

DL01DL02Notre conférencier Daniel Labrette nous a ce soir dévoilé un pan méconnu d'histoire parallèle. Conteur dans l'âme, mariant humour et ironie, il nous a d'abord surpris par son sujet italo-français, présenté sous le nom étrange de Zucco.
On apprend d'abord que Zucco est le nom d'un lieu-dit de Sicile, devenu au 19° siècle la propriété du Duc D'Aumale, fils de Louis-Philippe.
Des lectures bien choisies nous aident à situer l'endroit. Ainsi c'est l'auteur du “Guépard”, Lampedusa, qui nous conduit de Palerme au Zucco, en un voyage nous mettant dans la peau dʼun visiteur. Un autre beau texte de Lampedusa présente une vue assez sinistre des toits de Palerme et de ses couvents, comme pour nous préparer au drame.
Impression confirmée avec René Bazin, l'auteur cité ensuite : du jardin Bazin a d'abord retenu son aspect sépulcral, ensuite il en évoque toutes les senteurs sauvages, dans sa saisissante description d'un jardin “pour aveugles”, comme il dit.
Le conférencier continue de citer Bazin, décrivant fidèlement l'habitation et les communs, où Aumale conduisait la vie d'un grand seigneur sicilien. On nous montre ensuite, par une série de photos récentes, l'état actuel de la propriété laissée à l'abandon. La désolation des bâtiments en ruines laisse pourtant apparaître sur des murailles les armes des Orléans.
Au préalable on avait appris les conditions d'acquisition du domaine, acheté en 1853 aux seigneurs siciliens Partanna, et noté qu'une autre possession du Duc d'Aumale, le Palais d'Orléans à Palerme, est devenu le siège officiel de la Région de Sicile.
Poursuivant l'histoire du Duc d'Aumale, le conférencier nous montre l'arbre généalogique qu'il a dressé pour nous de la famille des Orléans, arbre qu'il explique patiemment malgré sa complexité. Factuel et précis, il cite en passant des détails qui frappent : les surnoms dont s'affublaient eux-mêmes les membres de la famille, les mariages consanguins - et les décès précoces -, le mariage obligé du Duc d'Aumale avec la jeune Princesse Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, célébré à Palerme au Palais d'Orléans, la petite taille de la princesse, etc...
Cette présentation familiale n'exclut pas par ailleurs la révélation d'autres détails, comme les noms et surnoms des maîtresses du Duc d'Aumale, ni la lecture instructive d'extraits de lettres, du Duc d'Aumale lui-même ou de son précepteur.
Le Duc d'Aumale avait hérité d'une fortune colossale qui comprenait, outre l'immense domaine du Zucco, celui du Château de Chantilly. Il fut un collectionneur invétéré, et le conférencier nous relate fidèlement le déroulement de ses acquisitions. Puis il nous présente quelques-uns des plus beaux tableaux italiens du Musée Condé du Château, notant ça et là des détails curieux ou révélateurs, ou des comparaisons troublantes.
Après sa carrière militaire, le Duc d'Aumale partageait sa vie entre ses domaines de Chantilly et du Zucco, où il avait apporté les plants d'un vignoble qui eut son heure de célébrité, sans doute un vin à haut titrage. C'était un grand exploitant agricole très moderne pour l'époque.
Episode dramatique, sa nièce, la Duchesse d'Alençon, était parmi les victimes de l'incendie du Bazar de la Charité à Paris, et la nouvelle de sa disparition lui fut fatale.
C'est au Palais d'Orléans à Palerme, que mourut le Duc d'Aumale. L'immense domaine du Zucco fut sans doute démembré. Un film documentaire italien a été tourné récemment relatant l'histoire du vin le Zucco, et évoquant le musée ”Palazzo d'Aumale” à Terrasini. Le “Palais”, siège de ce musée, avait reçu les chais du Zucco d'origine. On admire en passant l'image dʼune charrette sicilienne dont le musée abrîte une très belle collection.
Cette présentation bien documentée, fut très appréciée et fortement applaudie. Suivit une salve de questions - apportant pour certaines des précisions - concernant la collection du Musée Condé, Lampedusa, et aussi la qualité du vin, et surtout le statut actuel du domaine.
Concernant ce domaine laissé à lʼabandon, des recherches ultérieures ont permis de savoir qu'il connut divers changements de propriétaire, passant de la princesse sicilienne de Gangi à des spéculateurs qui firent arracher les vignes pour y planter des agrumes, afin de recevoir des subsides publics.
Du vaste domaine resterait encore une parcelle de 147 hectares contenant les bâtiments délabrés. Cette parcelle a été mise plusieurs fois en vente aux enchères, la dernière fois en 2011, sans qu'aucune enchère n'ait été présentée. Le motif : le bien aurait été utilisé par des éléments mafieux bien connus, et personne n'oserait s'approprier un bien de la mafia.

©ACORFI