Année 2014-2015 : 16 décembre 2014

 

"Ettore Majorana (1906-1938)",

par Guillaume Weil et Claude Viviani.


 

ettorefamilleIls sont deux conférenciers, Guillaume Weil et Claude Viviani, pour la conférence de ce soir, et prennent alternativement la parole, dans un rythme bien organisé. Ils se sont inspirés d'un livre d'Etienne Klein, intitulé “En cherchant Majorana”, sur cet étonnant savant italien, qui disparut mystérieusement en 1938 à l'âge de 32 ans.

A l'aide d'images très suggestives, ils nous présentent sa biographie : issu dʼune famille de notables et hommes politiques siciliens, qui assura son éducation, Ettore Majorana disposait d'une capacité intellectuelle exceptionnelle. Il poursuivit à Rome des études d'ingénierie et de physique. Après un stage scientifique aux Universités de Physique de Copenhague et de Leipzig (il y rencontra le prix Nobel de physique Heisenberg), il devint professeur de physique à lʼUniversité de la Sapienza de Rome et y fréquenta les plus grands physiciens italiens de son temps. Ses travaux étaient étroitement liés aux recherches sur l'atome, qui furent aussi préalables à la création de la bombe atomique; ce dernier point fut rappelé lors des diverses hypothèses émises sur les raisons de sa disparition.

Les acorfiens qui remplissaient la salle ont certes beaucoup aimé les exposés de culture scientifique présentés par les deux conférenciers, qui leur rendaient accessible un domaine peu familier, devenu passionnant grâce à eux et par la clarté des tableaux d'explication.

Mais ils ont été aussi profondément émus par la scénette qui nous présentait le jeune Ettore, enlevé à ses rêveries, pour répondre aux épreuves de calcul mental que lui infligeait un cercle d'adultes formant salon. Embarrassé et timide, il se réfugiait sous la table pour répondre, cʼest du moins ainsi que le présente Gianni Amelio, metteur en scène du film “ I ragazzi di via Panisperna” (les copains de la rue Panisperna), dont cette scène a été opportunément extraite par Claude Viviani.

D'autres images qui nous ont frappé : la chanson des “quatre barbus” illustrant le tableau des variations périodiques, la radiographie de la main de Madama Curie portant sa bague de mariage, mais aussi la machine à calculer de bureau Brunsviga (ou Burroughs ?) que beaucoup dʻentre nous ont dû connaître.



Le film “ I ragazzi di via Panisperna” n'a pas été traduit en français et n'a donc pas été projeté en France. C'est lʼhistoire d'un groupe de jeunes scientifiques qui s'était formé autour d'Enrico Fermi à l'Institut de Physique de Rome, situé via Panisperna. Les surnoms pittoresques qu'ils se donnaient entre eux contrastent nettement avec la profondeur de leurs recherches aux conséquences parfois insoupçonnées.

ragazzi4barbusCertains de ces “ragazzi” sont juifs ou bien ont épousé une juive, et nous sommes au temps des premières campagnes antijuives en Allemagne. L'indifférence d'Ettore par rapport à ces campagnes ou au fascisme peut surprendre, mais sans doute n'était-il plus qu'un chercheur préoccupé de ses seules recherches, indifférent au reste du monde, à l'exception peut-être des conséquences redoutables pour l'humanité des avancées scientifiques.

C'est l'une des raisons avancées pour motiver le suicide par noyade d'Ettore Majorana, lors dʼun voyage en Sicile en mars 1938 après avoir accepté le poste de professeur de physique à l'Université de Naples. Une dépression récente, des penchants morbides, pourraient l'expliquer. On a tenté aussi de trouver un motif dans un deuil familial survenu dans d'atroces circonstances peu de temps avant sa disparition. Ses correspondances contradictoires précédant de peu sa disparition font croire à la décision de mettre fin à ses jours, et à un échec de ce projet. La seule certitude est qu'on ne le revit plus.

Arrivée à ce point la conférence fait place au mystère de cette disparition et aux diverses hypothèses échafaudées, faisant suite à l'énumération des faits précédant sa disparition, ce qui nous laisse tous perplexes et insatisfaits.

Les questions finales n'ont donc pas abordé le problème de sa disparition, à part lʼhypothèse de la folie. On sʼinterrogeait par ailleurs sur la formation de Majorana (liceo Classico), sa connaissance des langues, son possible antisémitisme, les femmes dans sa vie (pas de femmes ?)...

Avant de conclure, Claude Viviani cite tous les prix Nobel italiens de physique, dont le nombre démontre bien l'avance de l'Italie dans ce domaine. Enfin des applaudissement nourris terminent cette soirée, qui aura à la fois bien diverti et instruit les acorfiens.

A signaler : L'enquête de l'époque, demeurée sans conclusion, a été rouverte de nos jours faisant suite à des révélations sur Majorana, celui-ci ayant mené une deuxième vie sous un autre nom en Amérique du Sud. Cette enquête vient d'être clôturée par le Procureur de Rome, sur la conclusion - imparfaite - que Majorana aurait vécu au Vénézuela en 1955 sous le nom de Bini.

 



 

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